Mali : les fantômes du Sahel

lundi 14 janvier 2013
mis en ligne par  Yveline DÉVÉRIN

Un reportage de Arte

Une vidéo que j’avais mise en « une » en juin 2012, et que je refais passer en « une » en ce mois de janvier 2013, compte tenu de l’actualité.
À avoir en tête quand on essaye de comprendre en profondeur la question touareg sans la réduire à une histoire de rebelles islamistes.
Cela ne donne pas de solution, mais permet juste d’avoir une idée de la difficulté d’en trouver une qui ait quelque durée.
Ci dessous, la présentation par Arte, et la vidéo de ce remarquable documentaire.

10 avril 2012 : les touaregs du Mouvement National de Libération de l’Azawad déclarent unilatéralement l’indépendance d’un territoire grand comme deux fois la France dans le Nord du Mali.
Au lendemain de l’insurrection, une équipe d’Arte Reportage a pu se rendre au milieu des frontières poreuses du Sahel pour tenter de décrypter une situation extrêmement volatile et complexe où s’entremêlent différents mouvements : nationalistes Touaregs, groupes islamistes et djihadistes d’AQMI. Ces derniers, bêtes noires des chancelleries occidentales, ne cachent pas leur ambition : profiter du chaos pour enraciner le djihad aux portes de l’Europe.

Olivier Joulie et Laurent Hamida ont pu passer plusieurs jours à Gao, capitale du nouvel Etat revendiqué par les Touaregs, ville symbole devenue aujourd’hui l’enjeu de tous les combats politiques. Puis, ils ont traversé les régions désertiques du Nord, fiefs des brigades de combattants d’AQMI, véritable plaie pour la région et pour les mouvements nationalistes touaregs si souvent associés à tort à des salafistes. A la frontière avec l’Algérie, puissance incontournable de la région – l’aviation algérienne viole discrètement et en toute impunité l’ancien territoire du Mali - des réfugiés, piégés au milieu de nulle part, entre les deux pays, sont abandonnés de tous.
Stigmate d’un conflit post-colonial, vieux de presque 50 ans, notre équipe découvre la violence d’une guerre qui oppose Bamako aux Touaregs de la région depuis l’indépendance. Villages détruits, politique de terre brûlée, répression sanguinaire sur les populations : un terreau propice à l’enracinement et à la prolifération d’un islamisme radical qui tisse sa toile en se nourrissant des tensions régionales. Comme en Somalie ou dans les zones tribales pakistanaises… Ali témoigne de son parcours depuis l’armée malienne jusqu’aux combattants d’AQMI, l’endoctrinement par des prêcheurs venus du Pakistan, avant de rejoindre le mouvement indépendantiste Touareg.
Le constat est inquiétant. Face au statu quo militaire entre l’Etat malien en déliquescence, une organisation africaine, la CEDEAO, incapable de mettre sur pied une force militaire crédible, l’immobilisme de la communauté internationale, le Mouvement National de Libération de l’Azawad, qui représente peut-être aujourd’hui un dernier rempart contre l’intégrisme, risque de se faire dépasser par des éléments étrangers et radicaux. Dans cette hypothèse, la région échapperait alors à tout contrôle…

Entretien avec les auteurs de « Mali : la poudrière sahelienne »
Après avoir couvert la révolution libyenne, les journalistes Olivier Joulie et Laurent Hamida ont voulu entrer sur le territoire de l’Azawad qui, depuis le début de l’année lutte pour devenir indépendant du Mali.
En pointe de ces combat contre les forces fidèles à Bamako, il y a les Touaregs du MNLA qui doivent aujourd’hui faire face à un autre problème : la présence toujours plus importante de groupes islamistes. Parmi eux, Ansar Dine, mais aussi AQMI, Al Qaïda au Maghreb Islamique. Autant dire qu’il est extrêmement difficile d’effectuer des reportages dans cette zone.
Embarqués par des membres du MNLA, nos deux confrères ont pourtant réussi à pénétrer dans cette zone où règne le chaos. Restés 18 jours sur place, ils nous expliquent les difficiles conditions de tournage, la surprise de recueillir des témoignages de Touaregs qui, depuis des décennies, se disent persécutés par le Mali. Ils reviennent aussi sur l’interview qu’ils ont faite du chef du MNLA qui, pour la première fois, a accepté de s’exprimer devant une caméra.


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